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 ====== A propos de la littérature expérimentale ====== ====== A propos de la littérature expérimentale ======
  
-**Françoise ​Le Lyonnais**+**François ​Le Lyonnais**
  
 De Lycophraon (1) à Raymond Roussel (2) en passant par les Grands Rhétoriqueurs,​ la littérature expérimentale accompagne discrètement la littérature tout court. Avec les Exercices de style et le présent recueil, elle entend sortir de sa semi-clandestinité,​ affirmer sa légitimité,​ proclamer ses ambitions, se constituer des méthodes, bref s’accorder à notre civilisation scientifique. Sa vocation est de partir en éclaireur pour tâter le terrain, y tracer des pistes nouvelles, s’assurer si telle route finit en impasse, si telle autre n’est qu’un chemin vicinal, si telle autre enfin amorce une voie triomphale qui conduira vers les Terres promises et les Eldorados du langage. C’est l’une de ces tentatives que nous proposent les Cent mille milliards de poèmes. Elle s’inscrit dans un chapitre plus vaste que l’on pourrait qualifier de “LITTERATURE COMBINATOIRE” pour laquelle Raymond Queneau semble éprouver une particulière prédilection. De Lycophraon (1) à Raymond Roussel (2) en passant par les Grands Rhétoriqueurs,​ la littérature expérimentale accompagne discrètement la littérature tout court. Avec les Exercices de style et le présent recueil, elle entend sortir de sa semi-clandestinité,​ affirmer sa légitimité,​ proclamer ses ambitions, se constituer des méthodes, bref s’accorder à notre civilisation scientifique. Sa vocation est de partir en éclaireur pour tâter le terrain, y tracer des pistes nouvelles, s’assurer si telle route finit en impasse, si telle autre n’est qu’un chemin vicinal, si telle autre enfin amorce une voie triomphale qui conduira vers les Terres promises et les Eldorados du langage. C’est l’une de ces tentatives que nous proposent les Cent mille milliards de poèmes. Elle s’inscrit dans un chapitre plus vaste que l’on pourrait qualifier de “LITTERATURE COMBINATOIRE” pour laquelle Raymond Queneau semble éprouver une particulière prédilection.
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 N’avez-vous pas en subissant le choc d’un vers particulièrement réussi, le sentiment attristé qu’il est regrettable qu’on ne s’en soit servi qu’une seule fois ? Un beau vers épuiserait-il donc toute sa vertu en un seul poème ? Je ne puis le croire. S’il a su très bien dire ce qu’il était chargé d’exprimer,​ pourquoi diable se casser la tête à transmettre le même message d’une manière qui risque d’être moins bonne (3) ? N’avez-vous pas en subissant le choc d’un vers particulièrement réussi, le sentiment attristé qu’il est regrettable qu’on ne s’en soit servi qu’une seule fois ? Un beau vers épuiserait-il donc toute sa vertu en un seul poème ? Je ne puis le croire. S’il a su très bien dire ce qu’il était chargé d’exprimer,​ pourquoi diable se casser la tête à transmettre le même message d’une manière qui risque d’être moins bonne (3) ?
  
-On me dire - et j’en conviens volontiers - qu’un poème n’est pas seulement l’addition des vers qui le composent. Quelque géométrie se mêle à cette arithmétique. L’ordre dans lequel les vers sont enchaînés engendre une configuration qui contribue puissamment à l’effet poétique. On pourrait même démontrer cette proposition en fournissant des contre-exemples en quelque sorte complémentaires : d’une part, des poèmes assez médiocres, dont, cependant, bien des vers - considérés chacun séparément - seraient excellents ; et, d’autre part, des vers sans éclats dont l’association formeraient des poèmes d’une assez belle qualité (4).+On me dira - et j’en conviens volontiers - qu’un poème n’est pas seulement l’addition des vers qui le composent. Quelque géométrie se mêle à cette arithmétique. L’ordre dans lequel les vers sont enchaînés engendre une configuration qui contribue puissamment à l’effet poétique. On pourrait même démontrer cette proposition en fournissant des contre-exemples en quelque sorte complémentaires : d’une part, des poèmes assez médiocres, dont, cependant, bien des vers - considérés chacun séparément - seraient excellents ; et, d’autre part, des vers sans éclats dont l’association formeraient des poèmes d’une assez belle qualité (4).
  
 C’est ici, précisément,​ qu’apparaît la vertu majeure de ces cent mille milliards de sonnets. Sans doute les combinatoires que l’on peut forger, en s’en remettant au hasard, ne sont-elles pas toutes d’égales valeurs. Elles représentent cependant plus qu’une collection de cadavres exquis. Cela tient, évidemment,​ au fait que Raymond Queneau a adopté un plan général qui limite et oriente les effets du hasard. Il a imposé une structure (5) commune à ses dix SONNETS GENITEURS, structure dont une certaine partie se retrouve dans les SONNETS DERIVES et leur confère une efficacité supplémentaire. C’est ici, précisément,​ qu’apparaît la vertu majeure de ces cent mille milliards de sonnets. Sans doute les combinatoires que l’on peut forger, en s’en remettant au hasard, ne sont-elles pas toutes d’égales valeurs. Elles représentent cependant plus qu’une collection de cadavres exquis. Cela tient, évidemment,​ au fait que Raymond Queneau a adopté un plan général qui limite et oriente les effets du hasard. Il a imposé une structure (5) commune à ses dix SONNETS GENITEURS, structure dont une certaine partie se retrouve dans les SONNETS DERIVES et leur confère une efficacité supplémentaire.